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L'avenir de l'AgTech en Afrique n'appartient pas à la technologie la plus avancée. Il appartient aux solutions les plus utiles, les plus durables et les plus humbles. Et l'humilité est précisément ce qui manque le plus à notre écosystème d'innovation actuel.
Je participais récemment à une discussion sur l’innovation agricole en Afrique. Alors que les échanges s’enchaînaient sur les dernières prouesses technologiques, le décalage entre les solutions proposées et la réalité du terrain est devenu flagrant. J'ai eu envie de poser les pieds dans le plat.
Une grande partie des projets AgTech en Afrique n’est pas conçue pour aider les agriculteurs. Ils sont conçus pour impressionner les donateurs, remporter des prix d’innovation et briller dans les rapports annuels.
Si cela semble dur, c’est parce que c’est la vérité.
Partout sur le continent, nous voyons des drones survoler des exploitations qui n'ont pas d'électricité fiable, des tableaux de bord dopés à l'IA créés pour des agriculteurs qui ne possèdent pas de smartphone, et des capteurs IoT déployés dans des villages où remplacer un simple câble défectueux peut prendre des mois quand on decide enfin de remplacer.
Ce n'est pas de l'innovation. C'est du théâtre.
Quelque part au Ghana, j’ai vu des systèmes d’irrigation intelligents abandonnés moins d’un an après leur installation. La raison ? Une seule pièce importée était tombée en panne. Pas de technicien local. Pas de pièces de rechange. Pas de budget de maintenance. Les agriculteurs ont recommencé à arroser à la main non pas parce qu’ils sont résistants à la technologie, mais parce que la technologie a résisté à la réalité.
Au Kenya et au Nigeria, des applications de conseil agricole basées sur l'IA sont lancées en grande pompe, pour disparaître discrètement dès que le financement des donateurs s'arrête. Pourquoi ? Parce que l'application supposait un accès internet constant, des smartphones dernier cri et une culture numérique pour laquelle la plupart des petits exploitants n'ont jamais été formés.
Pendant ce temps, les solutions AgTech les plus largement adoptées restent d'une simplicité déconcertante :
Ces outils ne gagnent pas de prix mondiaux de l'innovation. Mais les agriculteurs les utilisent vraiment.
Voici la vérité qui dérange : Dans l'écosystème du développement, la complexité est récompensée. La simplicité ne l'est pas.
Un projet qui utilise l'IA, le machine learning, les drones et l'imagerie satellite semble beaucoup plus finançable qu'un projet qui améliore les services de base ou répare les inefficacités de la chaîne d'approvisionnement. Les consultants le savent. Les innovateurs le savent. Les rédacteurs de projets le savent.
Nous répétons donc inlassablement le même schéma :
Et l'agriculteur se retrouve avec un appareil en panne, une licence expirée ou un système qu'il n'a jamais pleinement compris.
Si une solution oblige un agriculteur à s'endetter, à dépendre d'experts étrangers ou à devenir technicien informatique juste pour cultiver sa terre, alors ce n'est pas du développement. C’est un projet de vanité subventionné par l’argent public.
Arrêtons de prétendre que l'échec de l'adoption est dû à des agriculteurs «résistants au changement ».
Les agriculteurs africains adoptent des outils très rapidement lorsque ceux-ci :
Ils ont adopté le paiement mobile sans un seul modèle d'IA. Ils ont adopté WhatsApp plus vite que la plupart des institutions. Ils adoptent des semences améliorées dès qu'ils peuvent faire confiance à la chaîne d'approvisionnement.
Le problème, ce ne sont pas les agriculteurs. Le problème, ce sont les solutions conçues sans eux. Trop de produits AgTech sont construits dans des bureaux urbains, testés dans des pilotes contrôlés et déployés sur PowerPoint jamais dans la vraie vie.
La véritable innovation dans l'agriculture africaine semble souvent... ennuyeuse. Elle ressemble à :
La technologie doit amplifier l'intelligence locale, pas l'écraser.
Posons enfin la question que nous contournons tous :
Concevons-nous des outils AgTech pour résoudre les problèmes des agriculteurs ou pour impressionner les donateurs et les audiences des conférences ?
Parce que si un projet s'effondre dès que le financement s'arrête, si les agriculteurs l'abandonnent dès que le personnel de soutien s'en va, si son succès ne se démontre que dans des rapports alors il n'a jamais été construit pour les agriculteurs.
L'avenir de l'AgTech en Afrique n'appartient pas à la technologie la plus avancée. Il appartient aux solutions les plus utiles, les plus durables et les plus humbles.
Et l'humilité est précisément ce qui manque le plus à notre écosystème d'innovation actuel.